Suite et fin du programme MBSR #8/8

Cette huitième et dernière séance a eu lieu il y a un mois.

Je n’ai pas pu en parler ici car je n’ai malheureusement pas pu y aller.

Pour l’avoir quand même vécue dans un précédent stage, je sais qu’il y a une méditation assise longue, un retour sur nos expériences et un temps d’échange autour de la suite que l’on va donner à cette expérience.

On se demande ensemble : qui veut continuer à méditer ? Qui veut arrêter ? Qui voudrait continuer mais à besoin pour cela d’être aidé ? Etc…

On partage nos trucs et astuces qui peuvent nous aider à maintenir une pratique régulière de la méditation.

Et parfois il y a même des envies de continuer à méditer ensemble qui se manifestent. Dans notre groupe, l’une d’entre nous a proposé son salon pour continuer à nous “asseoir” ensemble.

Je me sens très reconnaissante d’avoir fait la connaissance des femmes de ce groupe et d’avoir partagé cette expérience avec Elles.

Partage des forces et des faiblesses, partage de l’intime de chacune pour qu’il devienne extime commun…et repartir plus riche de ce que l’on a donné.

Crédit Photo: Suhyeon Choi

 

Les bons côtés du pilotage automatique

Vous avez dû remarquer mais en ce moment, on parle pas mal de “pilotage automatique”, de “reprendre les commandes de notre vie”, de “pleine conscience”, “pleine présence”, blablabla…

Je suis la première à dire que méditer a changé ma vie, que je sens que je fais des choix plus conscients, que je remets plus facilement en question des automatismes (pensées, actions,…).

Ok, super.

Mais des fois en fait je rêve secrétement d’être en pilotage automatique. D’arrêter de me demander le pourquoi du comment.

Sans me demander si c’est vraiment bon pour moi, pour les autres, pour la planète et toute la galaxie. Arrêter de me couper les cheveux en quatre (mille cinq cents).

Juste me laisser porter par ma vie, pas après pas. Même si c’est pas parfait, pleinement satisfaisant.

Cela me permettrait d’économiser un temps et une énergie incroyables! Ne plus réfléchir, simplement suivre la Norme sociétale. Trouver un CDI autour de 25 ans, fonder une famille autour de 30 (sans oublier de s’être mise en couple entre les deux, ça peut quand même être utile pour fonder une famille).

Faire-comme-tout-le-monde-sans-se-poser-de-questions.

Oh oui, des fois, j’aimerais bien simplement suivre la partition donnée par le chef d’orchestre. C’est quand même flippant l’improvisation. Surtout que, quand t’improvise, non seulement t’as le risque de te planter, d’avoir des regrets, mais en plus tu sais que le Regard de la Norme te dira: “tu vois, je te l’avais bien dit. C’est ce qui devait arriver”.

Mais en fait…je peux juste pas.
Quand ma gorge se serre le matin, je n’arrive pas toujours à faire l’autruche et à me dire “allez, regarde une vidéo marrante sur youtube et ça va passer”. Non.
Il y a justement une partie de moi qui a envie de savoir le pourquoi du comment.

Comme un signal sur le tableau de bord d’une voiture qui s’allume, je regarde d’où ça peut venir, ce qu’il y a à faire…et la plupart du temps, le plus dur et le plus important à faire, pour commencer c’est observer.

Observer et respirer ce moment. Le goûter. Même si le goût est un peu amer.

Parce que ce moment, c’est un moment vivant, plein de vivance justement. Parce que je crois qu’il me guide. Qu’il me dit que cette direction n’est pas la bonne. Que d’étouffer ce que je ressens, c’est de m’étouffer tout court. Si j’étouffe les sensations négatives, j’ai des grandes chances d’éteindre par la même occasion tout mon système de ressenti: mes émotions agréables, mes envies, ma créativité.

Bon, ça ne m’empêche pas quand même de vouloir bailloner tout ça régulièrement. Surtout quand je me mets à courir derrière d’autres urgences (créées souvent de toutes pièces et faisant aussi partie de la Norme).

Alors oui, le pilote automatique, il est sympa, utile et je ne le jetterai pas par-dessus bord, j’en ai trop besoin.

Mais je n’ai aucune envie de lui laisser le choix de ma destination ni de mon itinéraire pour y parvenir.

Crédit photo: Jon Tyson

A toutes nos vies (et surtout à celles que nous ne connaîtrons jamais)

Des fois il y a des questions qui tombent sur moi.

Comme une Pluie que je n’aurais pas vue venir.

Elle peut être torrentielle ou douce selon les moments.

En ce moment, les questions qui tombent concernent mes vies. Celle que j’ai, celles que j’aurais pu avoir, celles que je pourrai avoir.

Il y a des instants, durant quelques secondes, où je sens que ma vie peut basculer dans tout autre chose. La seconde d’avant, je vais dans une direction réfléchie, connue et, d’un coup, l’itinéraire peut changer.

Un accident, une opportunité, une erreur, un passage à l’acte, un virage, un simple imprévu…parfois un peu de tout ça.

Et la question qui suit c’est: qu’est-ce que je deviens si je change de direction?

Quel est mon “Je” d’une seconde avant, et celui d’une seconde après? Comment mon identité se construit-elle ou se désorganise-t-elle en fonction de mes choix, instants après instants?

Quelle serait ma vie si je décidais d’écouter pleinement mes envies?

Si je partais loin, là, demain?

Si ce matin je décidais de ne plus aller au travail?

Si j’étais en couple ou si je ne l’étais plus?

Si je choisissais une vie bien conventionnelle? Ou marginale? Ou simplement la mienne?

Ce que je ressens, là, c’est que tout tient à un fil. Un tout-tout-tout-petit-fil-de-rien-du-tout.

Que ma vie d’aujourd’hui peut s’arrêter, se transformer en moins de temps que celui d’une respiration. C’est à la fois grisant et flippant.

Le mot qui vient se glisser à mon oreille ici c’est Kaïros.

C’est un mot avec lequel un vieux psychiatre, Jean Oury, avait joué pendant un de ses séminaires à Sainte-Anne. L’écouter, c’était s’envoler ou s’enterrer, selon les moments. Ce mot, depuis qu’il l’avait prononcé, ne m’a jamais vraiment quitté. Tout comme celui qui me l’a transmis.

Alors, Kairos, c’est quoi? C’est un “Dieu Ailé de l’opportunité”. Avec un nom pareil, il ne pouvait naître que chez les Grecs. Et le truc de Kairos, c’est qu’il faut le saisir quand il passe.
On est loin ici de l’aspect péjoratif de l'”opportunisme”….

Le kairos c’est donc « l’instant T » de l’opportunité : avant c’est trop tôt, et après trop tard…pas de place ici pour l’hésitation. C’est une dimension du temps totalement différente de celui de notre montre, Chronos.

Kairos sa profondeur, son existence, elle est dans l’Instant, pas dans la durée.

Dieu Wikipédia dit de Kairos que c’est “une porte sur une autre perception de l’univers, de l’événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti”.

Quand on rencontre Kairos, il y a donc trois possibilités :

  1. on ne le voit pas ;
  2. on le voit et on ne fait rien ;
  3. au moment où il passe, on tend la main, on « saisit l’occasion aux cheveux » et on saisit ainsi l’opportunité. Yeah! You diid it!

Pour conclure, Kairos a quand même la classe puisque pour Euripide, c’« est le meilleur des guides dans toutes entreprises humaines ». A nous de le voir et de savoir tendre la main au bon moment.

Sources: Kairos

Crédits photos: Toa Heftiba

 

Suite du programme MBSR #7/8

A cette séance, dans le groupe, nous nous connaissons de mieux en mieux. Pour celles qui arrivent plus tôt, nous échangeons sur nos impressions après “la journée du silence”. Cela a été un moment important pour nous toutes.
Puis nous nous installons, et spontanément, nous avons un échange autour du sentiment d’attachement et de dépendance que l’on peut ressentir vis-à-vis de son téléphone, de son GPS,…

Viens ensuite une méditation longue, de 45 minutes, avec de nombreux silences. Au moment de débriefer, chacune relate une expérience bien différente.

Pour certaines, au vu de ses douleurs, cela a été “inhumain” et très long, trop long.
Pour d’autres, pour différentes raisons, cela n’aura pas créé les mêmes inconforts.

Nous nous rendons toutes compte cependant de notre tendance à vouloir “tenir” à tout prix, à ne pas bouger durant la méditation.

Pourtant l’instructrice nous a toujours rappelé l’importance de la bienveillance, d’écouter son corps, ses limites et de ne pas aller trop au-delà.  Elle nous l’a transmis dans son discours mais aussi dans son attitude à notre égard et à l’égard de notre pratique.

Elle nous rappelle que s’il est possible d’explorer un temps ses douleurs avec ouverture et curiosité, nous ne sommes pas venues méditer pour nous infliger une expérience insupportable.

Bien sûr, cela renvoie chacune d’entre nous à certaines contraintes que l’on a pu recevoir dans l’enfance “tiens-toi droite, arrête de bouger!”…qui continuent de nous poursuivre des années après.

Nous revenons ensuite sur la journée en silence vécue ensemble il y a quelques jours. L’une d’entre nous nous confie les pensées et sensations très désagréables que cette journée est venue faire remonter. Malgré la difficulté, elle sent que cela lui a permis d’avancer et elle a depuis beaucoup médité, notamment avec la méditation de la bienveillance.

Nous nous arrêtons sur ce partage fort, en remerciant la personne d’avoir pu nous faire confiance.

Et si je m’écoutais quand…

je suis fatigué(e), saturé(e)…et que je prenais un temps pour respirer ou me reposer?

je ressens le besoin d’être soutenu(e)…et que je demandais à un proche d’être là pour m’écouter, me prendre dans ses bras…ou simplement être là?

je suis triste…et me laissais aller à pleurer?

je vais au travail la boule au ventre…et que je me demandais pourquoi je m’inflige ça?

je suis malade…et que je me donnais le droit de faire une -VRAIE- pause?

j’ai assez mangé…et que je m’arrêtais, tout simplement?

je me sens nul(le), impuissant(e)…et que je prenais soin de moi et de ce que je ressens?

je me sens malmené(e) par les autres…et que j’en parlais et/ou que je mettais des actions en place pour plus que ça ne se reproduise?

j’ai besoin de quelque chose…en essayant de comprendre ce besoin et de trouver un moyen d’y répondre?

et aussi quand…

j’ai envie de danser, de chanter, de dessiner…sans penser au résultat?

je me sens bien…et que je délectais de mes sens chaque seconde de ce moment de bonheur, en m’en imprégnant et même, peut-être, en le partageant avec d’autres?

je ressens un élan vers un projet, un rêve…et que je faisais confiance à ce ressenti, en cherchant sa signification et en tentant de trouver le chemin pour le réaliser?

j’aime quelqu’un, qu’il soit proche ou inconnu,…et que j’osais lui (re)dire?

la compagnie de quelqu’un me fait du mal…et que je me permettais de m’en éloigner?

j’ai une intuition…et que je la prenais en compte?

je sens que quelque chose me fait vibrer…et que je mettais tout en place pour que ça vibre encore plus?

 

Et toi, tu t’écoutes comment? Un peu? Beaucoup? A la folie? Pas du tout?

 

 

 

 

 

Journée de Pleine Conscience

Cette journée de pleine conscience, en silence, a été longue et intense. J’espère m’en rappeler dans le bon ordre!

Nous avons commencé par des étirements, proche des postures de yoga allongées. Je sens que petit à petit mon corps se réveille, s’éveille. C’est agréable de commencer la journée en prenant de soin de s’étirer doucement dans tous les sens.

Nous continuons la matinée avec une méditation assise et une marche en pleine conscience.

Nous sommes quatorze personnes et, vu la taille de la pièce, il vaut mieux être en pleine conscience au risque d’écraser un pied au passage :).

Nous nous rasseyons pour une méditation plus courte, avant le repas.

L’instructrice qui elle, nous parle, nous conseille de rester dans le silence et d’éviter les conversations téléphoniques, afin de se laisser immerger de plus en plus profondément dans cet état de conscience, protégées que nous sommes de l’agitation quotidienne.

Pour le repas, nous avions chacune amené un plat et je crois avoir compris, même sans les mots, que tout le monde s’est ré-ga-lé. Il y avait là un vrai festin.
J’ai mangé au soleil et ai apprécié chaque bouchée, bien plus que je ne le fais quand je parle ou tapote sur mon téléphone en même temps. Je m’allonge ensuite sur un matelas d’épine de pins. Je prends conscience de cette odeur de pin qui m’entoure et apprécie ce temps de détente. (Eh oui, car la méditation ce n’est pas toujours la détente, contrairement à certaines idées reçues).

La clochette de la reprise retentit, et nous poursuivons par une nouvelle marche en pleine conscience. Cette fois nous pourrons la faire à l’intérieur ou à l’extérieur. Le temps étant magnifique, je profite des plus grands espaces proposés par la cour qui entoure la salle. Ce nouvel espace de jeu me permet de faire d’autres expériences: marcher en arrière, sur le côté, de différentes façons. Et aussi comparer les sensations différents quand je marche sur les épines de pins ou quand je marche sur les petites pierres: les bruits, le contact (amorti ou dur), les odeurs…
Pas de doute, je préfére les sensations que procurent les épines de pins mais j’explore quand même tout le terrain, comme une enfant.

Nous revenons à l’intérieur pour une séance de balayage corporel (j’en parlais ). Nous nous sommes rendues compte que l’expression “scan corporel” ou “bodyscan” pouvait renvoyer à des images désagréables.

Nous enchaînons ensuite des mouvements de yoga debout que nous avons déjà vu lors d’une séance précédente: la montagne, le guerrier (voir ici et ).

Mon esprit commence sérieusement à vagabonder et à trouver le temps long à l’intérieur…alors qu’il fait si beau dehors. Je prends une grande respiration et essaye de dire à mon hôte “impatience” (cf le poème de Rumi ici) que c’est bientôt fini.

En effet, après une dernière méditation assise, la journée est finie!

Nous reprenons la parole, et le silence disparaît sous le bruit de nos mouvements pour réaménager la salle…

Elle reprend sa forme initiale, comme s’il ne s’était rien passé dans cette salle…

et pourtant!

Crédits photos: Eva HolmMatthew RaganJulia Caesar