2 in 1: Pourquoi la méditation? Et Vipassana, c’est quoi?

Oui, pourquoi décide-t-on un jour de s’asseoir sur un coussin et de se concentrer sur le va et vient de sa respiration?

Difficile de donner une réponse universelle à cette question, chaque chemin menant à la méditation étant sûrement très différent.

Je vais donc parler de moi.

Pour moi, la rencontre avec la méditation était encore plus bizarre que pour la majorité des personnes qui commencent la méditation. J’ai pris le “hard way” comme m’a dit une fois un instructeur.

Je n’avais jamais médité de ma vie et je me suis inscrite à un stage de 10 jours très intensif. Mais très, très, très.

Un stage où, pendant ces 10 jours:

*tu te lèves à 4h30 du matin (pour…méditer bien sûr! Et on commence par une première méditation de…deux heures. En écrivant ces lignes, j’ai l’image de Paul, un enfant de 8 ans, qui me dit: Mais What??).

*tu n’as pas le droit de parler (sauf avec l’instructeur et le “manager”, essentiellement pour poser des questions sur…la méditation)

*tu n’as pas le droit d’avoir recours à des “distractions” ou des “intoxicants”: oublie livres, téléphone, musique, cigarette, …tu es là pour te confronter à toi-même…et tu verras, tu n’auras pas d’autre choix.

*En résumé, pendant 10 jours; tu dors, tu manges (deux fois par jour avec un dîner très lèger) et…tu médites (bien sûr!).

Et c’est tout. (Les douches et l’accès aux toilettes sont quand même acceptés en dehors des heures de méditation hein. D’ailleurs là-bas la douche et les repas sont les moments les plus fun de la journée).

Là, niveau simplicité, difficile de faire mieux.

Bien sûr, il y a un sens derrière tout ça…L’organisation a été pensée pour que tu puisses méditer le mieux possible.

Mon premier stage a été très difficile. On croit souvent que c’est “ne pas parler” qui est le plus difficile. Pas-du-tout (pourtant j’adore parler!). Le plus dur ça a été pour moi les douleurs physiques (rester assise des heures et des heures quand on est pas habitué ça crée quelques tensions) et psychiques. En 10 jours, sans distraction, il y en a des choses qui se mettent à remonter. Et devoir y faire face est loin d’être évident, surtout en étant seul.

Voilà pourquoi je déconseille ce stage aux personnes qui sont à une période de leur vie fragile, je pense que ça doit être super violent. Il faut quand même aller “suffisamment bien” pour “gratter le fond de la casserole” dixit Jean Oury.

Après, l’avantage, c’est qu’en sortant de ces 10 jours, j’avais de bonnes bases pour continuer à méditer à la maison. C’est pas pour ça que je l’ai toujours fait.

Pour moi l’expérience a été (après-coup parce que sur le moment…) très positive sur plusieurs points, je me suis même réinscrite plus d’une dizaine de fois à ce stage-de-fou.

J’essaye d’y aller une fois par an. (A-peu-près).

Tu as remarqué que j’ai pas répondu à la question de départ: pourquoi? Pas évident. C’est un peu comme pourquoi on a commencé une analyse, une thérapie…c’est quand même très intime.
Il y a toujours des raisons conscientes et inconscientes à ce type de démarche.

Ce que je peux en dire c’est que je revenais d’un voyage où j’étais partie seule en sac-à-dos 6 mois et que le retour en France a été difficile (si on devait mettre une définition à ce difficile ça serait: complètement perdue).

Et je n’avais qu’une envie: repartir! (Si tu as déjà fait ce type de voyage je suis sûre que tu comprends).

Et puis il y avait cette “coïncidence”: un ami important, Damien, que j’avais rencontré pendant ce voyage m’en avait parlé. Et à mon retour en France, j’en ai parlé avec un autre ami important: Yacine. Je me suis dit que si j’entendais parler de la même chose aux deux extrémités du globe, avec deux amis extrêmement différents…c’est qu’il y avait quelque chose à entendre.

Je me suis dit que ça pouvait être une bonne piste d’atterrissage pour retrouver mes repères et faire le pont entre mes deux vies, celle du voyage et la (presque) “normale”.

Crédit photo: Josh Adamski

Atelier Philo et Méditation #2

Avant de commencer l’atelier, nous sommes revenus sur notre dernière expérience. Intéressante mais…bruyante! J’ai proposé aux enfants de m’aider à trouver des idées pour que cela se passe différemment aujourd’hui.

Certains ont parlé du bâton de parole, d’autres du respect, de l’écoute. J’ai proposé que deux enfants soient “responsables” de l’écoute de la personne qui parle. Ils m’ont bien aidé durant l’atelier!

Pour ce nouvel atelier, le thème était:

Le sentiment d’échec

Parce qu’à l’école, c’est un sentiment que tout le monde a ressenti au moins une fois, non?

Moi, oui. Beaucoup, beaucoup, beaucoup plus qu’une fois en fait. Et même après l’école. Et même maintenant, adulte, ça me parle beaucoup ce sentiment! (Je l’ai même ressenti lors du premier atelier! 😉 )

Pour préparer cet atelier, j’ai utilisé surtout le livre suivant:

Le succès et l’échec:

A l’intérieur, se trouve plein de petites histoires autour de l’échec et de la réussite.

J’ai choisi l’histoire de Dounia, Yohann et Guy dans “Cet après-midi, c’est la fête!”. C’est donc l’histoire de l’organisation d’une fête qui n’a pas le succès escompté. L’auteur utilise les personnages pour illustrer différentes réactions.

Dounia reste bloquée sur l’échec et rejette tout en bloc, ne voulant plus jamais faire de fête.

Yohann cherche comment cela pourrait s’améliorer la prochaine fois et Guy fait l’autruche en essayant d’oublier ce qui s’est passé.

Les enfants (CM2), étaient intéressés par l’histoire -que je les ai laissé lire par eux-même- et ont pu spontanément s’identifier à un ou des personnages.

Je les ai trouvé même très courageux. Certains ont pu dire qu’ils pouvaient “trop rager” face à l’échec, comme Dounia. D’autres qu’ils préféraient oublier que chercher des solutions…

Ils ont rapidement parlé de leur “stress d’aller au collège”. De perdre leurs amis, leur prof, leurs repères…et de rater. C’est à peu près à ce moment là que la psychologue que je suis a été détectée. Sans que je comprenne d’où ça venait, une enfant a dit” vous êtes pas psychologue madame? Parce que j’ai besoin de parler à quelqu’un”.
J’ai répondu que oui, j’étais psychologue mais pas avec eux, que là j’étais animatrice d’ateliers. Je lui ai toutefois proposé de prendre un temps avec elle en fin de séance.

Avant de terminer l’atelier, je leur ai proposé cette citation de Socrate:

“La chute n’est pas un échec, l’échec est de rester là où on est tombé”.

Durant le temps de méditation/exercice de l’attention, il y a eu beaucoup d’agitation. Plusieurs filles riaient, gigotaient…et ont pu finalement pu dire: “j’ai trop de stress”, “le silence ça me fait peur”, “j’ai des pensées qui viennent qui me font peur”…Même si ce n’était pas un moment simple, une enfant a pu dire à la fin: “avant j’avais tout ça de stress (montre avec ses deux mains la taille de son stress), et maintenant j’ai ça”.

La différence dans ce qu’elle montrait était minimale, mais pour moi c’était énorme, surtout venant d’elle!

A la fin, elle est restée comme prévu…avec trois autres filles de sa classe. Toutes trois disaient qu’elles avaient besoin de parler et de voir une psychologue.
Quand je leur ai demandé comment elles avaient su que j’étais psychologue, elles m’ont répondu: “on ne savait pas mais comme les psychologues sont zen et que vous êtes zen…on y a pensé”.

Damned! Un compliment que la stressée que je suis ne pensait pas recevoir! On peut donc être zen et stressée ;).

Je ne sais pas où elles avaient entendu ces expressions, mais elles m’ont dit qu’elles avaient besoin “d’une oreille attentive”, qu’elles vivaient des “choses difficiles”, qu’elles n’avaient personne pour en parler…tout ça avec une grande maturité qui contrastait avec leur comportement durant l’atelier. L’émotion était très présente, plusieurs d’entre elles pleuraient…
Je leur ai proposé d’en parler ensemble avec leur maîtresse, qu’elle pourrait en parler avec la psychologue scolaire et leurs parents pour les accompagner voir une psychologue.

Ce que j’ai trouvé le plus fort, c’est que leur maîtresse m’a ensuite raconté qu’elles avaient ensuite beaucoup parlé toutes les quatre, que cela leur avait fait du bien…et quand une autre fille a pu parler de son mal-être, elles ont répondu: “viens, on est des petites psychologues nous, on va t’aider!”.

Elles ont créé leur groupe d’entraide…à 10 ans! J’ai trouvé ça juste…énorme!

Pour préparer l’atelier, j’avais utilisé aussi les livres suivants:

Pour les citations:

et pour les questions du débat:

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Suite et fin du programme MBSR #8/8

Cette huitième et dernière séance a eu lieu il y a un mois.

Je n’ai pas pu en parler ici car je n’ai malheureusement pas pu y aller.

Pour l’avoir quand même vécue dans un précédent stage, je sais qu’il y a une méditation assise longue, un retour sur nos expériences et un temps d’échange autour de la suite que l’on va donner à cette expérience.

On se demande ensemble : qui veut continuer à méditer ? Qui veut arrêter ? Qui voudrait continuer mais à besoin pour cela d’être aidé ? Etc…

On partage nos trucs et astuces qui peuvent nous aider à maintenir une pratique régulière de la méditation.

Et parfois il y a même des envies de continuer à méditer ensemble qui se manifestent. Dans notre groupe, l’une d’entre nous a proposé son salon pour continuer à nous “asseoir” ensemble.

Je me sens très reconnaissante d’avoir fait la connaissance des femmes de ce groupe et d’avoir partagé cette expérience avec Elles.

Partage des forces et des faiblesses, partage de l’intime de chacune pour qu’il devienne extime commun…et repartir plus riche de ce que l’on a donné.

Crédit Photo: Suhyeon Choi

 

Regardez “Interview de Béa Johnson, une vie Zéro Déchet” sur YouTube

J’ai eu la chance de rencontrer et d’interviewer la papesse du zéro déchet.. Celle qui a réussi à mettre tous les déchets 2017 de sa famille dans un pot qui tient dans la main. 🙂

 

INTERVIEW DE BÉA JOHNSON, UNE VIE ZÉRO DÉCHET

 

 

BÉA JOHNSON (BJ) : Lorsque j’ai dit à mon mari que je voulais écrire un blogue, il m’a dit : « non, non. Laisse tomber. Tu vas te faire mais casser par tout un tas de personnes. Tu vas te faire critiquer, tu vas t’en prendre plein la figure » et je n’étais pas d’accord avec lui. Je lui ai dit : « je suis désolée, mais moi j’estime que c’est important de partager ce qu’on fait pour que ceux qui veulent réduire leurs déchets, ils aient nos solutions ». Je n’aurais jamais, jamais, jamais pu imaginer que ça devienne un mouvement global.

 

C’est un énorme honneur de voir combien de personnes en fait ont adopté nos solutions et puis se sont lancées, et ce qui est fabuleux, ce n’est pas juste ceux qui se sont lancés vers un mode de vie Zéro déchet, mais c’est ceux aussi qui ont décidé d’ouvrir des magasins de vrac pour à ce moment-là permettre aux autres d’acheter leur nourriture en vrac.

 

Il y a Jean [Moutais] qui lui a ouvert tout un système. Il a toute une gamme de produits dans des contenants qui sont conciliés. Il y en a qui ont monté des organisations comme Zero Waste Switzerland. Il y a une chaîne de vrac au Canada qui avant n’utilisait pas ou n’acceptait pas les contenants réutilisables. Puis une fois, j’ai mis une photo sur Instagram en montrant que je réutilisais mes contenants au Canada puis ça, ça les a encouragés à changer leur politique — police, comme on dit — leurs règles. Donc aujourd’hui, ils acceptent les contenants réutilisables dans leurs 270 magasins à travers le Canada. Et c’est toutes ces initiatives en fait qui nous permettent de créer un futur Zéro déchet.

 

QUESTION (Q) : Est-ce que vous avez l’impression que votre message est reçu différemment aux États-Unis et en France?

 

BJ : Oui. Alors en France et je dirais même dans les pays francophones, c’est là où le Zéro déchet pousse plus rapidement qu’ailleurs. Je crois que c’est parce que dans les pays francophones il y a une appréciation pour les plaisirs simples et une connexion avec la nourriture qu’il n’y a pas nécessairement dans les pays anglophones.

 

Aux États-Unis aussi, je crois que le public a peur du qu’en-dira-t-on s’ils n’ont pas les derniers gadgets, etc. Ils ont peur de la vie simple et c’est aussi la peur d’acheter d’occasion comme on le fait et comme je le prône. Donc c’est là où il y a des différences et les magasins de vrac explorent en France plus que partout ailleurs dans le monde.

 

À Montréal, j’ai appris qu’il y avait 8 magasins de vrac qui avaient été inspirés du livre de conférences que j’ai données. En Suisse, il y en a une qui a ouvert un magasin. Il y a Chez Mamie qui a été ouvert. C’est une Française qui après avoir lu le livre a décidé d’ouvrir un magasin de vrac et maintenant, c’est une franchise.

 

Donc c’est comme ça en fait que tout se développe, mais c’est surtout dans les pays francophones en fait que ça développe.

 

Q : Il y a moins d’impact aux États-Unis alors?

 

BJ : Non, beaucoup moins. Beaucoup moins. On n’a pas encore un seul magasin de vrac comme vous avez ici. On a du vrac qui est disponible dans des magasins de bio comme vous avez ici à Biocoop, Satoriz, etc. Mais aux États-Unis, on n’a pas encore un seul magasin qui ne vende que du vrac sur tout le territoire. Donc en fait, vous avez accès à beaucoup plus de vrac que ce qui m’est disponible à moi.

 

Je crois que beaucoup s’imaginent que si je fais le Zéro déchet, c’est parce que ça doit être facile pour nous, qu’on doit avoir accès à tout un tas de vrac. Ce n’est pas le cas. On a tout simplement appris à faire avec ce qui nous est disponible dans ce rayon de vrac dans le magasin de bio et à profiter des avantages qui nous sont disponibles.

 

Q : Il y a beaucoup de personnes qui disent : « le Zéro déchet, quand on a des enfants, c’est compliqué ». Qu’est-ce que vous répondez à ces gens?

 

BJ : J’ai deux enfants et justement je me suis lancée il y a 10 ans quand ils avaient 5 et 6 ans. Aujourd’hui, ils ont vécu plus longtemps sans déchets qu’avec. Pour eux, c’est complètement normal, c’est complètement automatique.

 

Tout un tas de personnes en fait se donne des prétextes pourquoi ne pas se lancer. Il y en a qui disent : « si elle fait le Zéro déchet, c’est parce qu’elle habite aux États-Unis ». En fait, j’habite dans le comté qui génère le plus de déchets aux États-Unis par tête. J’habite probablement dans la partie du monde qui génère le plus de déchets.

 

Les Américains disent : « non, non. Si elle peut faire Zéro déchet, c’est parce qu’elle habite en Californie ». Les Californiens disent : « non, si elle peut faire Zéro déchet, c’est parce qu’elle habite à San Francisco ». Je n’habite pas à San Francisco. J’habite au nord de San Francisco. Et donc les San Franciscains disent : « si elle peut faire Zéro déchet, c’est parce qu’elle est Française ». Donc tout le monde en fait a des prétextes pourquoi est-ce que moi je peux le faire et eux non.

 

C’est sûr que le mode de vie Zéro déchet, quand les gens voient ce terme, ils se disent : « ah non, c’est trop extrême. Ça doit être hyper compliqué, ça doit prendre énormément de temps et d’argent », mais c’est parce que tout simplement ils ne savent pas comment adopter un mode de vie Zéro déchet. Ils sont, disons, rattachés à des a priori.

 

Aujourd’hui, j’ai un travail à temps plein avec un planning de dingue, mais justement, le Zéro déchet au fait ne me prend pas plus de temps. Il économise du temps. Ce qui va prendre du temps, c’est de changer ses habitudes, d’apprendre à dire non parce que c’est la première règle. C’est de refuser ce dont on n’a pas besoin. Quand on a fait les choses d’une certaine façon toute sa vie, on pense que ce que l’on fait, c’est ce qui va nous économiser le plus de temps, le plus d’argent.

 

Mais en fait, il faut apprendre de nouvelles habitudes, il faut apprendre à dire non, il faut se désencombrer et trouver un système qui marche pour soi pour trouver sa nourriture en vrac et c’est ça qui va prendre du temps. Mais une fois que vous avez ce système en place, mais vous vous tapez la tête contre les murs de ne pas l’avoir fait auparavant parce que vous vous rendez compte que la vie d’auparavant, c’est ce qui vous prenait trop de temps, c’est ce qui coûtait trop d’argent. En fait, c’était littéralement gaspiller son argent et son temps, et vous regrettez tout simplement de ne pas avoir adopté le Zéro déchet auparavant.

 

Q : OK. Et qu’est-ce qui est votre motivation profonde en lançant ce mouvement-là?

 

BJ : Moi, tout simplement, ce qui m’a donné envie de me lancer, c’est de vouloir un meilleur futur pour mes enfants. Tout simplement. J’ai regardé des documentaires et lu des livres sur les problèmes de l’environnement. Là, j’ai enlevé les œillères et je me suis rendue compte que j’avais en tant que consommatrice énormément de pouvoir, que mes achats avaient un pouvoir et qu’il me revenait de changer les choses à la maison. C’est ce que Gandhi a dit : « être le changement que vous voulez voir dans le monde » et c’est vraiment ce qu’il a dit qui a en fait dirigé ma vision des choses. Le changement commence à la maison.

 

Les fabricants ne fabriquent que ce que le consommateur achète. Acheter, c’est voter. Si vous achetez des emballages, c’est une façon pour vous de dire : « j’adore les emballages et je souhaite voir plus d’emballages dans notre monde ». Et plus de pétrole sera puisé du sol pour créer des remplacements. Alors que lorsque vous achetez votre nourriture en vrac, c’est une façon pour vous d’investir de votre argent dans un futur de vrac, un futur sans emballage pour les générations futures. C’est vraiment le pouvoir de l’achat qui nous permet de créer un monde différent pour nos enfants.

 

Q : Donc vous [soutenez le mouvement] politique aussi?

 

BJ : Non. Je n’aime pas qu’on dise ça. Le terme politique me dérange parce que j’ai remarqué que c’est souvent une des questions qu’on me pose en France parce qu’il y a bien sûr le Parti écolo. Alors on s’imagine que pour adopter un mode de vie Zéro déchet, il faut voter pour un parti spécifique. Non, je suis là pour dire que le Zéro déchet, il appartient à tout le monde, bien sûr, de l’adopter puisqu’on est tous citoyens de cette terre. La terre appartient à tout le monde et donc le Zéro déchet n’appartient pas juste à ceux qui vont voter écolo. Le Zéro déchet est bien sûr ouvert à tout le monde.

 

Les bons côtés du pilotage automatique

Vous avez dû remarquer mais en ce moment, on parle pas mal de “pilotage automatique”, de “reprendre les commandes de notre vie”, de “pleine conscience”, “pleine présence”, blablabla…

Je suis la première à dire que méditer a changé ma vie, que je sens que je fais des choix plus conscients, que je remets plus facilement en question des automatismes (pensées, actions,…).

Ok, super.

Mais des fois en fait je rêve secrétement d’être en pilotage automatique. D’arrêter de me demander le pourquoi du comment.

Sans me demander si c’est vraiment bon pour moi, pour les autres, pour la planète et toute la galaxie. Arrêter de me couper les cheveux en quatre (mille cinq cents).

Juste me laisser porter par ma vie, pas après pas. Même si c’est pas parfait, pleinement satisfaisant.

Cela me permettrait d’économiser un temps et une énergie incroyables! Ne plus réfléchir, simplement suivre la Norme sociétale. Trouver un CDI autour de 25 ans, fonder une famille autour de 30 (sans oublier de s’être mise en couple entre les deux, ça peut quand même être utile pour fonder une famille).

Faire-comme-tout-le-monde-sans-se-poser-de-questions.

Oh oui, des fois, j’aimerais bien simplement suivre la partition donnée par le chef d’orchestre. C’est quand même flippant l’improvisation. Surtout que, quand t’improvise, non seulement t’as le risque de te planter, d’avoir des regrets, mais en plus tu sais que le Regard de la Norme te dira: “tu vois, je te l’avais bien dit. C’est ce qui devait arriver”.

Mais en fait…je peux juste pas.
Quand ma gorge se serre le matin, je n’arrive pas toujours à faire l’autruche et à me dire “allez, regarde une vidéo marrante sur youtube et ça va passer”. Non.
Il y a justement une partie de moi qui a envie de savoir le pourquoi du comment.

Comme un signal sur le tableau de bord d’une voiture qui s’allume, je regarde d’où ça peut venir, ce qu’il y a à faire…et la plupart du temps, le plus dur et le plus important à faire, pour commencer c’est observer.

Observer et respirer ce moment. Le goûter. Même si le goût est un peu amer.

Parce que ce moment, c’est un moment vivant, plein de vivance justement. Parce que je crois qu’il me guide. Qu’il me dit que cette direction n’est pas la bonne. Que d’étouffer ce que je ressens, c’est de m’étouffer tout court. Si j’étouffe les sensations négatives, j’ai des grandes chances d’éteindre par la même occasion tout mon système de ressenti: mes émotions agréables, mes envies, ma créativité.

Bon, ça ne m’empêche pas quand même de vouloir bailloner tout ça régulièrement. Surtout quand je me mets à courir derrière d’autres urgences (créées souvent de toutes pièces et faisant aussi partie de la Norme).

Alors oui, le pilote automatique, il est sympa, utile et je ne le jetterai pas par-dessus bord, j’en ai trop besoin.

Mais je n’ai aucune envie de lui laisser le choix de ma destination ni de mon itinéraire pour y parvenir.

Crédit photo: Jon Tyson

A toutes nos vies (et surtout à celles que nous ne connaîtrons jamais)

Des fois il y a des questions qui tombent sur moi.

Comme une Pluie que je n’aurais pas vue venir.

Elle peut être torrentielle ou douce selon les moments.

En ce moment, les questions qui tombent concernent mes vies. Celle que j’ai, celles que j’aurais pu avoir, celles que je pourrai avoir.

Il y a des instants, durant quelques secondes, où je sens que ma vie peut basculer dans tout autre chose. La seconde d’avant, je vais dans une direction réfléchie, connue et, d’un coup, l’itinéraire peut changer.

Un accident, une opportunité, une erreur, un passage à l’acte, un virage, un simple imprévu…parfois un peu de tout ça.

Et la question qui suit c’est: qu’est-ce que je deviens si je change de direction?

Quel est mon “Je” d’une seconde avant, et celui d’une seconde après? Comment mon identité se construit-elle ou se désorganise-t-elle en fonction de mes choix, instants après instants?

Quelle serait ma vie si je décidais d’écouter pleinement mes envies?

Si je partais loin, là, demain?

Si ce matin je décidais de ne plus aller au travail?

Si j’étais en couple ou si je ne l’étais plus?

Si je choisissais une vie bien conventionnelle? Ou marginale? Ou simplement la mienne?

Ce que je ressens, là, c’est que tout tient à un fil. Un tout-tout-tout-petit-fil-de-rien-du-tout.

Que ma vie d’aujourd’hui peut s’arrêter, se transformer en moins de temps que celui d’une respiration. C’est à la fois grisant et flippant.

Le mot qui vient se glisser à mon oreille ici c’est Kaïros.

C’est un mot avec lequel un vieux psychiatre, Jean Oury, avait joué pendant un de ses séminaires à Sainte-Anne. L’écouter, c’était s’envoler ou s’enterrer, selon les moments. Ce mot, depuis qu’il l’avait prononcé, ne m’a jamais vraiment quitté. Tout comme celui qui me l’a transmis.

Alors, Kairos, c’est quoi? C’est un “Dieu Ailé de l’opportunité”. Avec un nom pareil, il ne pouvait naître que chez les Grecs. Et le truc de Kairos, c’est qu’il faut le saisir quand il passe.
On est loin ici de l’aspect péjoratif de l'”opportunisme”….

Le kairos c’est donc « l’instant T » de l’opportunité : avant c’est trop tôt, et après trop tard…pas de place ici pour l’hésitation. C’est une dimension du temps totalement différente de celui de notre montre, Chronos.

Kairos sa profondeur, son existence, elle est dans l’Instant, pas dans la durée.

Dieu Wikipédia dit de Kairos que c’est “une porte sur une autre perception de l’univers, de l’événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti”.

Quand on rencontre Kairos, il y a donc trois possibilités :

  1. on ne le voit pas ;
  2. on le voit et on ne fait rien ;
  3. au moment où il passe, on tend la main, on « saisit l’occasion aux cheveux » et on saisit ainsi l’opportunité. Yeah! You diid it!

Pour conclure, Kairos a quand même la classe puisque pour Euripide, c’« est le meilleur des guides dans toutes entreprises humaines ». A nous de le voir et de savoir tendre la main au bon moment.

Sources: Kairos

Crédits photos: Toa Heftiba