A toutes nos vies (et surtout à celles que nous ne connaîtrons jamais)

Des fois il y a des questions qui tombent sur moi.

Comme une Pluie que je n’aurais pas vue venir.

Elle peut être torrentielle ou douce selon les moments.

En ce moment, les questions qui tombent concernent mes vies. Celle que j’ai, celles que j’aurais pu avoir, celles que je pourrai avoir.

Il y a des instants, durant quelques secondes, où je sens que ma vie peut basculer dans tout autre chose. La seconde d’avant, je vais dans une direction réfléchie, connue et, d’un coup, l’itinéraire peut changer.

Un accident, une opportunité, une erreur, un passage à l’acte, un virage, un simple imprévu…parfois un peu de tout ça.

Et la question qui suit c’est: qu’est-ce que je deviens si je change de direction?

Quel est mon “Je” d’une seconde avant, et celui d’une seconde après? Comment mon identité se construit-elle ou se désorganise-t-elle en fonction de mes choix, instants après instants?

Quelle serait ma vie si je décidais d’écouter pleinement mes envies?

Si je partais loin, là, demain?

Si ce matin je décidais de ne plus aller au travail?

Si j’étais en couple ou si je ne l’étais plus?

Si je choisissais une vie bien conventionnelle? Ou marginale? Ou simplement la mienne?

Ce que je ressens, là, c’est que tout tient à un fil. Un tout-tout-tout-petit-fil-de-rien-du-tout.

Que ma vie d’aujourd’hui peut s’arrêter, se transformer en moins de temps que celui d’une respiration. C’est à la fois grisant et flippant.

Le mot qui vient se glisser à mon oreille ici c’est Kaïros.

C’est un mot avec lequel un vieux psychiatre, Jean Oury, avait joué pendant un de ses séminaires à Sainte-Anne. L’écouter, c’était s’envoler ou s’enterrer, selon les moments. Ce mot, depuis qu’il l’avait prononcé, ne m’a jamais vraiment quitté. Tout comme celui qui me l’a transmis.

Alors, Kairos, c’est quoi? C’est un “Dieu Ailé de l’opportunité”. Avec un nom pareil, il ne pouvait naître que chez les Grecs. Et le truc de Kairos, c’est qu’il faut le saisir quand il passe.
On est loin ici de l’aspect péjoratif de l'”opportunisme”….

Le kairos c’est donc « l’instant T » de l’opportunité : avant c’est trop tôt, et après trop tard…pas de place ici pour l’hésitation. C’est une dimension du temps totalement différente de celui de notre montre, Chronos.

Kairos sa profondeur, son existence, elle est dans l’Instant, pas dans la durée.

Dieu Wikipédia dit de Kairos que c’est “une porte sur une autre perception de l’univers, de l’événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti”.

Quand on rencontre Kairos, il y a donc trois possibilités :

  1. on ne le voit pas ;
  2. on le voit et on ne fait rien ;
  3. au moment où il passe, on tend la main, on « saisit l’occasion aux cheveux » et on saisit ainsi l’opportunité. Yeah! You diid it!

Pour conclure, Kairos a quand même la classe puisque pour Euripide, c’« est le meilleur des guides dans toutes entreprises humaines ». A nous de le voir et de savoir tendre la main au bon moment.

Sources: Kairos

Crédits photos: Toa Heftiba

 

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