Voyager, c’est danser

Je rentre tout juste d’un voyage en Inde où je suis partie seule deux semaines.

J’ai tout de suite la phrase qui me vient: “ce n’est pas assez”.

Cette fois, je lui souris. Ou plutôt je décide de lui sourire (Merci Lyvia).

Je me dis qu’elle est représentative de la façon dont je nous vois, ma vie et moi: “pas assez”.

C’est un sourire triste, tu as compris.

Mais c’est aussi un sourire d’espoir.

Parce que je sais qu’en réalité, il s’est passé bien assez de choses durant ces deux semaines.

Et que finalement, je m’en fichais pas mal de “faire” tous les must de l’Inde (même si ça doit être canon).

Quand je suis partie, je ne savais même pas où j’allais.

Les deux seules cartes visibles de mon jeu n’étaient pas évidentes:

  1. J’atterissais à Bombay
  2. Je ne voulais pas rester à Bombay (en général, je préfère fuir les grandes villes)

Avant le départ, pour pouvoir répondre aux questions sur mon programme de voyage et pour rassurer mes proches (et me rassurer aussi), je m’étais vaguement accrochée à une histoire d’ashram où j’irai pour faire du yoga et de la méditation.

Je n’y ai pas mis les pieds (même si je suis sûre que ça doit être un endroit génial).

Ce qu’il s’est passé?

J’ai atterri à Bombay, avec, dans le ventre, un mélange de peur et d’excitation. Je connais le goût de ce cocktail.

C’est celui de la sortie de zone de confort.

Et puis, malgré le tumulte interne et externe, il y a eu cette pensée qui a occupé progressivement toute la scène jusqu’à ce que je n’entende plus qu’elle:

“Let’s play in Bombay” (j’ai remarqué que mon esprit se lâche toujours plus avec une langue étrangère).

Je me suis mise en mouvement, et ai marché, pas après pas, vers des lieux dont je n’avais jamais entendu parler (je t’ai dit que je n’avais lu aucun guide avant de partir?).

Certains y verront de l’errance.

Peut-être.

Si l’errance c’est être qui tu es sans répondre aux attentes des autres, si c’est écouter à chaque instant ce que tu ressens, ce dont tu as vraiment envie avant de poser le pas suivant, je veux errer toute ma vie.

Le résultat, ça a été deux semaines de vie, de vibrations, de rencontres, de liberté, de choix, d’expériences, d’émotions (agréables ET désagréables), d’odeurs, de couleurs, de perte de repères, de solitude et de collectivité, de douceur et de dureté, d’inconfort et de confort, de légèreté et de profondeur…

Bien sûr, ce n’est pas la même expérience que lorsque je suis partie six mois, mais je sais que ces deux semaines ont aussi provoqué des changements.

J’ai par exemple pu observer à nouveau combien la solitude n’existait pas.

Même quand j’étais vraiment seul.e (ce qui est finalement très rare quand tu voyages), je me suis rendue compte qu’il y a toujours beaucoup de monde… Eh oui, mon propre univers est déjà très peuplé.

“Je est des autres”?  Voire “Je est les autres”?

Partir loin c’est aussi me blottir tout contre moi, pour faire connaissance avec tout ce dont je n’ai pas accès au quotidien.

Et faire de la place pour laisser fleurir mes désirs, besoins, envies et valeurs. Mes points cardinaux que je perds parfois de vue.

J’ai envie de conclure cet article en revenant sur le concept du “pas assez” et par cette phrase offerte par mon père:  “no se puede quitar lo bailado”.

La traduction? Quoi qu’il arrive demain, ce qui a été dansé a été dansé, rien ni personne ne pourra te l’enlever.

Alors, que ça soit pour quelques semaines ou plusieurs mois, dansons!

Photo by Katie Hetland on Unsplash

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