Atelier philo et méditation sur le sens de la vie #3/3

Aujourd’hui, le thème c’était donc le sens de la vie.

Les enfants me montrent en début de séance qu’ils se souviennent bien des différents temps et différents rôles.

J’ai commencé par lire ce livre:

 

Pour info, l’auteur, Oscar Brenifier est une référence dans le domaine des pratiques philosophiques.
Le livre fait différentes propositions sur ce que peut être le sens de la vie.

Dans notre groupe, ça a commencé fort avec Julien qui est intervenu en disant que la vie n’avait pas de sens puisque de toute façon on allait tous mourir.

Cela a été intéressant car ça a fait réagir le groupe. D’autres enfants tenaient absolument aller contre cette idée. Par exemple, Dylan a alors dit que pour lui le sens de la vie c’était réaliser ses rêves, comme avoir huit coupes d’or en football, Marion qu’elle voulait se marier avec un footballeur tout en mangeant tranquillement un kebab XXXL, Charlotte que pour elle sa vie aurait un sens si elle écrivait des romans, Jérôme que c’était en profitant de chaque instant, Salima qu’elle voulait voyager…

C’est alors posé la question: pour faire tout ça, il faut de l’argent…alors ça veut dire qu’on ne peut pas trouver un sens à sa vie si on n’a pas d’argent?

Nous nous sommes dit que nous gardions cette question pour un prochain débat car l’heure était déjà passée!

Extraits des conclusions que les enfants ont faites sur les ateliers: “ça permet d’échanger nos idées”, “c’est trop triste des fois, ça me donne envie de pleurer”, “on apprend à s’écouter”,…

 

Pour moi, la mission est terminée. Je me dis que même si je n’ai pas réussi à faire de la “philo” à proprement parler, j’ai préparé le terrain pour que cela puisse se mettre en place pour la suite. Ils se sont de plus en plus écoutés, ont pu rebondir sur les idées des autres et ont commencé à se parler entre eux et à ne pas toujours m’adresser exclusivement leurs idées.

J’ai revu en fin de séance le groupe de filles qui m’avait demandé de l’aide la dernière fois. Certaines m’ont dit qu’elles avaient pu parler avec leur parent suite à notre échange et que cela avait permis un apaisement. Pour d’autres, le dialogue était impossible. Avec leur accord, j’en ai parlé à l’institutrice.

J’en garde un très bon souvenir, avec plein de surprises auxquelles je ne m’attendais pas du tout!

 

Articles voyageurs

Avec les beaux jours, mes articles se sont fait la malle et ont voyagé au gré du vent.

C’est pour moi une belle expérience que je voulais partager avec vous. N’hésitez pas à la faire aussi!

  • Mes publications ont commencé par prendre leur envol ici avec le magazine femininbio sur le thème du deuil, avec l’interview d’Armelle Six et Nans Thomassey. Rien que pour avoir pu les interviewer et passer du temps avec eux, ça valait la peine de créer un blog. Ce sont des personnes pleines d’humour, de sagesse, de sensibilité…à l’image du documentaire “Et je choisis de vivre” dont il était question dans l’interview.     Ce documentaire est à l’initiative d’Amande qui a eu besoin de s’inscrire dans une quête initiatique à la suite de la perte de son enfant. Si vous voulez en savoir plus sur ce projet et/ou le soutenir, c’est par .
  • Elles se sont depuis hier posées sur le site d’Olivier Roland pour partager mon point de vue sur le livre polémique d’Idriss Aberkane, Libérez votre cerveau. Ce livre traite de tous les moyens de bien-traiter et de de maltraiter son cerveau, en faisant une critique sévère du système scolaire français. Ses remises en question font réfléchir et espérer des améliorations possibles.

J’aimerais beaucoup avoir vos avis sur ces sujets différents mais tout aussi passionnants. Allez les lire, les commenter, les partager!

Crédit photo:  Mantas Hesthaven

2 in 1: Pourquoi la méditation? Et Vipassana, c’est quoi?

Oui, pourquoi décide-t-on un jour de s’asseoir sur un coussin et de se concentrer sur le va et vient de sa respiration?

Difficile de donner une réponse universelle à cette question, chaque chemin menant à la méditation étant sûrement très différent.

Je vais donc parler de moi.

Pour moi, la rencontre avec la méditation était encore plus bizarre que pour la majorité des personnes qui commencent la méditation. J’ai pris le “hard way” comme m’a dit une fois un instructeur.

Je n’avais jamais médité de ma vie et je me suis inscrite à un stage de 10 jours très intensif. Mais très, très, très.

Un stage où, pendant ces 10 jours:

*tu te lèves à 4h30 du matin (pour…méditer bien sûr! Et on commence par une première méditation de…deux heures. En écrivant ces lignes, j’ai l’image de Paul, un enfant de 8 ans, qui me dit: Mais What??).

*tu n’as pas le droit de parler (sauf avec l’instructeur et le “manager”, essentiellement pour poser des questions sur…la méditation)

*tu n’as pas le droit d’avoir recours à des “distractions” ou des “intoxicants”: oublie livres, téléphone, musique, cigarette, …tu es là pour te confronter à toi-même…et tu verras, tu n’auras pas d’autre choix.

*En résumé, pendant 10 jours; tu dors, tu manges (deux fois par jour avec un dîner très lèger) et…tu médites (bien sûr!).

Et c’est tout. (Les douches et l’accès aux toilettes sont quand même acceptés en dehors des heures de méditation hein. D’ailleurs là-bas la douche et les repas sont les moments les plus fun de la journée).

Là, niveau simplicité, difficile de faire mieux.

Bien sûr, il y a un sens derrière tout ça…L’organisation a été pensée pour que tu puisses méditer le mieux possible.

Mon premier stage a été très difficile. On croit souvent que c’est “ne pas parler” qui est le plus difficile. Pas-du-tout (pourtant j’adore parler!). Le plus dur ça a été pour moi les douleurs physiques (rester assise des heures et des heures quand on est pas habitué ça crée quelques tensions) et psychiques. En 10 jours, sans distraction, il y en a des choses qui se mettent à remonter. Et devoir y faire face est loin d’être évident, surtout en étant seul.

Voilà pourquoi je déconseille ce stage aux personnes qui sont à une période de leur vie fragile, je pense que ça doit être super violent. Il faut quand même aller “suffisamment bien” pour “gratter le fond de la casserole” dixit Jean Oury.

Après, l’avantage, c’est qu’en sortant de ces 10 jours, j’avais de bonnes bases pour continuer à méditer à la maison. C’est pas pour ça que je l’ai toujours fait.

Pour moi l’expérience a été (après-coup parce que sur le moment…) très positive sur plusieurs points, je me suis même réinscrite plus d’une dizaine de fois à ce stage-de-fou.

J’essaye d’y aller une fois par an. (A-peu-près).

Tu as remarqué que j’ai pas répondu à la question de départ: pourquoi? Pas évident. C’est un peu comme pourquoi on a commencé une analyse, une thérapie…c’est quand même très intime.
Il y a toujours des raisons conscientes et inconscientes à ce type de démarche.

Ce que je peux en dire c’est que je revenais d’un voyage où j’étais partie seule en sac-à-dos 6 mois et que le retour en France a été difficile (si on devait mettre une définition à ce difficile ça serait: complètement perdue).

Et je n’avais qu’une envie: repartir! (Si tu as déjà fait ce type de voyage je suis sûre que tu comprends).

Et puis il y avait cette “coïncidence”: un ami important, Damien, que j’avais rencontré pendant ce voyage m’en avait parlé. Et à mon retour en France, j’en ai parlé avec un autre ami important: Yacine. Je me suis dit que si j’entendais parler de la même chose aux deux extrémités du globe, avec deux amis extrêmement différents…c’est qu’il y avait quelque chose à entendre.

Je me suis dit que ça pouvait être une bonne piste d’atterrissage pour retrouver mes repères et faire le pont entre mes deux vies, celle du voyage et la (presque) “normale”.

Crédit photo: Josh Adamski

Premier atelier philo et méditation: Yakouba ou le courage d’être soi

Aujourd’hui, nouveau défi: j’ai animé mon premier atelier philo et méditation. C’était dans une école Freinet, avec des CM2 en demi-classe.  L’atelier a eu lieu dans la bibliothèque.

Les enfants ont tout de suite été très (trop ?) en confiance, s’installant comme ils ont l’habitude de le faire : en enlevant les chaussures et s’étalant sur les coussins. L’atelier, qui a démarré juste après la “récré” a donc commencé sur un débat sur « les pieds qui puent le moisi ». J’avoue que ce n’était pas ce à quoi je m’attendais ! Mais je m’attendais à vivre des surprises. Après la question des pieds est venue la question de la place. Il semblait important que chacun sente sa place protégée et, par contre, il n’était pas gênant de pouvoir envahir celle des autres.

En fait tant par la parole que dans les mouvements, chacun manifestait différemment la façon dont il voulait prendre sa place dans notre atelier. Le groupe était constitué de personnalités assez fortes et le groupe a été agité presque toute la séance. Et pourtant, il s’est produit des petits miracles. Un enfant a pu dire par exemple qu’il avait changé d’avis au cours du débat, une autre qu’elle avait apprécié pouvoir parler « sans se sentir juger ».

J’avais pris un temps préalable pour rappeler les règles de l’atelier : écoute, bienveillance, respect de l’autre. J’avais aussi demandé ce qu’était pour eux la philosophie et plusieurs avaient une réponse très intéressante.

J’ai essayé de faire un exercice d’attention autour de la respiration mais ils ont été encore plus agités :).

L’atelier était sur le thème du courage, avec pour support le livre de Yakouba de Thierry Dedieu.

J’étais étonnée de constater que tous les enfants ont compris le livre immédiatement, malgré le bruit et l’agitation. Ils ont insisté pour la plupart sur le fait que le livre était trop court. Un des enfants a même proposé d’écrire la suite : Yakouba 2. Le livre a donc beaucoup plu aux enfants et était bien adapté à l’atelier (il fait partie des livres “références” pour les ateliers philo).

Yakouba fait partie d’un groupe d’adolescents prêts à partir pour tuer un lion, rite initiatique de la tribu à laquelle il appartient. Cependant Yakouba va déroger à la règle car il choisit de ne pas tuer le lion qui se présente à lui, ce lion étant déjà blessé. Il préfère donc faire passer son propre avis avant celui de la tribu, dont il sera rejeté. Les enfants avaient des avis partagés quand je leur ai demandé si, selon eux, Yakouba était courageux. Pour certains oui, pour d’autres non. Ils ont questionné le sexe et l’âge du personnage, insistant sur le fait que la notion de courage n’était pas la même en fonction de l’âge. Quand nous nous sommes demandés ce qu’était le courage, ils ont pu dire que le courage permettait de dépasser ses peurs mais que, toutefois, avoir des peurs et des émotions, c’était important.

Ils ont pu questionner la posture de la tribu et des parents qui ont exclu Yakouba, certains enfants trouvant ça « nul ». Nous avons donc pu effleurer la question de la norme, de l’acceptation de soi, de la tension entre l’individu et le groupe, la culture…

A la fin de l’atelier, les enfants ont pour la plupart fait un retour positif, une enfant a même dit “j’ai pu parler librement, sans me sentir jugée”…même si c’était « trop bruyant » et qu’« on s’écoutait pas ». J’ai pu dire que pour moi aussi il y avait eu trop de bruit. Je n’ai d’ailleurs pas pu écouter et soutenir toutes les réponses (ce qu’un enfant n’a pas manqué de me reprocher!)…et j’ai eu bon mal de tête en sortant!

La prochaine fois, j’ai envie de demander aux enfants quelles solutions ils pourraient proposer pour que nous puissions mieux nous entendre et que nous soyons moins parasités par le bruit. Je pense proposer que l’on délimite la place de chacun par un coussin sur lequel il resterait toute la séance. Je pense aussi proposer qu’il y ait un enfant qui soit vigilant au silence, un autre qui note les noms des enfants levant la main, un synthétiseur et un maître du temps (méthode Tozzi).

Je sens qu’une nouvelle aventure commence, qu’elle est loin d’être facile mais pas moins passionnante!

Pour trouver le livre Yakouba que j’ai utilisé, c’est par là: Yakouba

Ce lien vers Amazon est affilié et me permet de toucher entre 4 et 6% du montant de ce que vous achetez

Les bons côtés du pilotage automatique

Vous avez dû remarquer mais en ce moment, on parle pas mal de “pilotage automatique”, de “reprendre les commandes de notre vie”, de “pleine conscience”, “pleine présence”, blablabla…

Je suis la première à dire que méditer a changé ma vie, que je sens que je fais des choix plus conscients, que je remets plus facilement en question des automatismes (pensées, actions,…).

Ok, super.

Mais des fois en fait je rêve secrétement d’être en pilotage automatique. D’arrêter de me demander le pourquoi du comment.

Sans me demander si c’est vraiment bon pour moi, pour les autres, pour la planète et toute la galaxie. Arrêter de me couper les cheveux en quatre (mille cinq cents).

Juste me laisser porter par ma vie, pas après pas. Même si c’est pas parfait, pleinement satisfaisant.

Cela me permettrait d’économiser un temps et une énergie incroyables! Ne plus réfléchir, simplement suivre la Norme sociétale. Trouver un CDI autour de 25 ans, fonder une famille autour de 30 (sans oublier de s’être mise en couple entre les deux, ça peut quand même être utile pour fonder une famille).

Faire-comme-tout-le-monde-sans-se-poser-de-questions.

Oh oui, des fois, j’aimerais bien simplement suivre la partition donnée par le chef d’orchestre. C’est quand même flippant l’improvisation. Surtout que, quand t’improvise, non seulement t’as le risque de te planter, d’avoir des regrets, mais en plus tu sais que le Regard de la Norme te dira: “tu vois, je te l’avais bien dit. C’est ce qui devait arriver”.

Mais en fait…je peux juste pas.
Quand ma gorge se serre le matin, je n’arrive pas toujours à faire l’autruche et à me dire “allez, regarde une vidéo marrante sur youtube et ça va passer”. Non.
Il y a justement une partie de moi qui a envie de savoir le pourquoi du comment.

Comme un signal sur le tableau de bord d’une voiture qui s’allume, je regarde d’où ça peut venir, ce qu’il y a à faire…et la plupart du temps, le plus dur et le plus important à faire, pour commencer c’est observer.

Observer et respirer ce moment. Le goûter. Même si le goût est un peu amer.

Parce que ce moment, c’est un moment vivant, plein de vivance justement. Parce que je crois qu’il me guide. Qu’il me dit que cette direction n’est pas la bonne. Que d’étouffer ce que je ressens, c’est de m’étouffer tout court. Si j’étouffe les sensations négatives, j’ai des grandes chances d’éteindre par la même occasion tout mon système de ressenti: mes émotions agréables, mes envies, ma créativité.

Bon, ça ne m’empêche pas quand même de vouloir bailloner tout ça régulièrement. Surtout quand je me mets à courir derrière d’autres urgences (créées souvent de toutes pièces et faisant aussi partie de la Norme).

Alors oui, le pilote automatique, il est sympa, utile et je ne le jetterai pas par-dessus bord, j’en ai trop besoin.

Mais je n’ai aucune envie de lui laisser le choix de ma destination ni de mon itinéraire pour y parvenir.

Crédit photo: Jon Tyson

A toutes nos vies (et surtout à celles que nous ne connaîtrons jamais)

Des fois il y a des questions qui tombent sur moi.

Comme une Pluie que je n’aurais pas vue venir.

Elle peut être torrentielle ou douce selon les moments.

En ce moment, les questions qui tombent concernent mes vies. Celle que j’ai, celles que j’aurais pu avoir, celles que je pourrai avoir.

Il y a des instants, durant quelques secondes, où je sens que ma vie peut basculer dans tout autre chose. La seconde d’avant, je vais dans une direction réfléchie, connue et, d’un coup, l’itinéraire peut changer.

Un accident, une opportunité, une erreur, un passage à l’acte, un virage, un simple imprévu…parfois un peu de tout ça.

Et la question qui suit c’est: qu’est-ce que je deviens si je change de direction?

Quel est mon “Je” d’une seconde avant, et celui d’une seconde après? Comment mon identité se construit-elle ou se désorganise-t-elle en fonction de mes choix, instants après instants?

Quelle serait ma vie si je décidais d’écouter pleinement mes envies?

Si je partais loin, là, demain?

Si ce matin je décidais de ne plus aller au travail?

Si j’étais en couple ou si je ne l’étais plus?

Si je choisissais une vie bien conventionnelle? Ou marginale? Ou simplement la mienne?

Ce que je ressens, là, c’est que tout tient à un fil. Un tout-tout-tout-petit-fil-de-rien-du-tout.

Que ma vie d’aujourd’hui peut s’arrêter, se transformer en moins de temps que celui d’une respiration. C’est à la fois grisant et flippant.

Le mot qui vient se glisser à mon oreille ici c’est Kaïros.

C’est un mot avec lequel un vieux psychiatre, Jean Oury, avait joué pendant un de ses séminaires à Sainte-Anne. L’écouter, c’était s’envoler ou s’enterrer, selon les moments. Ce mot, depuis qu’il l’avait prononcé, ne m’a jamais vraiment quitté. Tout comme celui qui me l’a transmis.

Alors, Kairos, c’est quoi? C’est un “Dieu Ailé de l’opportunité”. Avec un nom pareil, il ne pouvait naître que chez les Grecs. Et le truc de Kairos, c’est qu’il faut le saisir quand il passe.
On est loin ici de l’aspect péjoratif de l'”opportunisme”….

Le kairos c’est donc « l’instant T » de l’opportunité : avant c’est trop tôt, et après trop tard…pas de place ici pour l’hésitation. C’est une dimension du temps totalement différente de celui de notre montre, Chronos.

Kairos sa profondeur, son existence, elle est dans l’Instant, pas dans la durée.

Dieu Wikipédia dit de Kairos que c’est “une porte sur une autre perception de l’univers, de l’événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti”.

Quand on rencontre Kairos, il y a donc trois possibilités :

  1. on ne le voit pas ;
  2. on le voit et on ne fait rien ;
  3. au moment où il passe, on tend la main, on « saisit l’occasion aux cheveux » et on saisit ainsi l’opportunité. Yeah! You diid it!

Pour conclure, Kairos a quand même la classe puisque pour Euripide, c’« est le meilleur des guides dans toutes entreprises humaines ». A nous de le voir et de savoir tendre la main au bon moment.

Sources: Kairos

Crédits photos: Toa Heftiba