C’est lundi, que lisez-vous?

Ce rendez-vous fut initié par Mallou qui s’est inspirée de It’s Monday, What are you reading ? by One Person’s Journey Through a World of Books. Il a depuis été repris par Le blog de Galleane.

Quand je suis allée à la bibliothéque, je savais que j’avais peu de temps…Je me suis donc précipitée sur une valeur sûre pour moi: Christian Bobin.

Le livre “L’épuisement”, je l’ai plus lu comme un journal intime que comme un livre. Et bien sûr, c’est ce qui m’a plu.

Il commence par cette phrase qui, à elle seule, est un voyage: “je ne songe jamais à ce qui se passera demain”.

Puis, il partage avec nous le fait que “quelque chose a eu lieu”. Il en parle du début à la fin du livre, sans vraiment nous dire quoi.

Nous avons des indices, comme dans une enquête policière et, à la fin une dédicace à une femme.

“Il y a beaucoup moins d’événements dans une vie qu’on ne le dit. Un événement c’est quand la vie rentre dans notre vie comme un fleuve soudainement en crue, pénétrant dans un village pour y soulever les plus imposantes bâtisses comme brins de paille.
Un événement dans la vie c’est une maison avec trois portes séparées -mourir, aimer, naître. On ne peut y entrer qu’en franchissant les trois portes simultanément, dans le même temps. C’est impossible et cela arrive”.

Ce livre, vous l’aurez compris, est un livre d’amour. Un amour qui se sent, qui se sait sans se dire.

Un amour comme ceux que nous avons vécu à nos trois ans, ces trois ans étant, selon Bobin, toujours en nous, à chaque instant.

“Nous ne ferons jamais assez confiance à cette enfance en nous. Là où les mots font défaut, elle parle. Là où nous ne savons plus, elle tranche”.

Il se questionne aussi sur le “travail” qu’il oppose à son art d’écrire: “Je crois que c’est ça, un artiste. Je crois que c’est quelqu’un qui a son corps ici et son âme là+bas, et qui cherche à remplir l’espace entre les deux en y jetant de la peinture, de l’encre ou même du silence. Dans ce sens, artistes nous le sommes tous, exerçant le même art de vivre avec plus ou moins de talent, je précise: avec plus ou moins d’amour”.
Il compléte cette réflexion avec une citation du poète Nazim Hikmet: “Sans rien attendre du dehors et d’au-delà, tu n’auras rien d’autre à faire que vivre”.

Il nous amène ensuite sur une réflexion sur les conversation ordinaires, et ce qu’en dit Maeterlinck: “pendant que se diffuse la grisaille des paroles convenues, un autre entretien a lieu en silence entre les visages. Un entretien d’âme à âme et parce que ce second échange, d’une profondeur infinie, a besoin d’un peu de temps pour aller à son terme, les gens poursuivent la conversation ennuyeyse, ils la poursuivent inconsciemment. Maintenant ils se séparent, il ne se sont rien dit d’important et pourtant ils se quittent réconfortés. Dans cette méditation de Maeterlick je vois le lien de l’écriture à la vie: tout écrivain cultive cet art de la conversation parallèle. Il y a toujours deux livres dans un vrai livre. Le premier seulement est écrit. C’est le second qui est lu, c’est dans le livre du dessous que le lecteur reconnnaît ce qui, de l’auteur et de lui, témoigne de l’appartenance à une même communauté silencieuse”.

J’ai aimé ce livre pour ce qu’il transmet, insidueusement, silencieusement et donc d’autant plus profondément.

La musique que je proposerai à l’écoute en lisant ce livre:

Glenn Gould et Menuhin

Atelier philo et méditation sur le sens de la vie #3/3

Aujourd’hui, le thème c’était donc le sens de la vie.

Les enfants me montrent en début de séance qu’ils se souviennent bien des différents temps et différents rôles.

J’ai commencé par lire ce livre:

 

Pour info, l’auteur, Oscar Brenifier est une référence dans le domaine des pratiques philosophiques.
Le livre fait différentes propositions sur ce que peut être le sens de la vie.

Dans notre groupe, ça a commencé fort avec Julien qui est intervenu en disant que la vie n’avait pas de sens puisque de toute façon on allait tous mourir.

Cela a été intéressant car ça a fait réagir le groupe. D’autres enfants tenaient absolument aller contre cette idée. Par exemple, Dylan a alors dit que pour lui le sens de la vie c’était réaliser ses rêves, comme avoir huit coupes d’or en football, Marion qu’elle voulait se marier avec un footballeur tout en mangeant tranquillement un kebab XXXL, Charlotte que pour elle sa vie aurait un sens si elle écrivait des romans, Jérôme que c’était en profitant de chaque instant, Salima qu’elle voulait voyager…

C’est alors posé la question: pour faire tout ça, il faut de l’argent…alors ça veut dire qu’on ne peut pas trouver un sens à sa vie si on n’a pas d’argent?

Nous nous sommes dit que nous gardions cette question pour un prochain débat car l’heure était déjà passée!

Extraits des conclusions que les enfants ont faites sur les ateliers: “ça permet d’échanger nos idées”, “c’est trop triste des fois, ça me donne envie de pleurer”, “on apprend à s’écouter”,…

 

Pour moi, la mission est terminée. Je me dis que même si je n’ai pas réussi à faire de la “philo” à proprement parler, j’ai préparé le terrain pour que cela puisse se mettre en place pour la suite. Ils se sont de plus en plus écoutés, ont pu rebondir sur les idées des autres et ont commencé à se parler entre eux et à ne pas toujours m’adresser exclusivement leurs idées.

J’ai revu en fin de séance le groupe de filles qui m’avait demandé de l’aide la dernière fois. Certaines m’ont dit qu’elles avaient pu parler avec leur parent suite à notre échange et que cela avait permis un apaisement. Pour d’autres, le dialogue était impossible. Avec leur accord, j’en ai parlé à l’institutrice.

J’en garde un très bon souvenir, avec plein de surprises auxquelles je ne m’attendais pas du tout!

 

Articles voyageurs

Avec les beaux jours, mes articles se sont fait la malle et ont voyagé au gré du vent.

C’est pour moi une belle expérience que je voulais partager avec vous. N’hésitez pas à la faire aussi!

  • Mes publications ont commencé par prendre leur envol ici avec le magazine femininbio sur le thème du deuil, avec l’interview d’Armelle Six et Nans Thomassey. Rien que pour avoir pu les interviewer et passer du temps avec eux, ça valait la peine de créer un blog. Ce sont des personnes pleines d’humour, de sagesse, de sensibilité…à l’image du documentaire “Et je choisis de vivre” dont il était question dans l’interview.     Ce documentaire est à l’initiative d’Amande qui a eu besoin de s’inscrire dans une quête initiatique à la suite de la perte de son enfant. Si vous voulez en savoir plus sur ce projet et/ou le soutenir, c’est par .
  • Elles se sont depuis hier posées sur le site d’Olivier Roland pour partager mon point de vue sur le livre polémique d’Idriss Aberkane, Libérez votre cerveau. Ce livre traite de tous les moyens de bien-traiter et de de maltraiter son cerveau, en faisant une critique sévère du système scolaire français. Ses remises en question font réfléchir et espérer des améliorations possibles.

J’aimerais beaucoup avoir vos avis sur ces sujets différents mais tout aussi passionnants. Allez les lire, les commenter, les partager!

Crédit photo:  Mantas Hesthaven

C’est lundi, que lisez-vous?

 Je suis tombée sur ce titre “le lundi, que lisez-vous?”. Le principe est simple. Le lundi, on fait le point sur les lectures en répondant à ces questions

1.Quel livre venez-vous de terminer ?

2.Que livre lisez-vous en ce moment/après ?

 

  1. Quel livre je viens de terminer?

“Antoine de Saint-Saint-Exupéry, autour de Courrier Sud et de Vol de nuit”

Récemment je suis tombée par hasard sur une lettre écrite par Mme de Saint-Exupéry à son mari. J’avais trouvé ça doux et étrange d’entrer dans l’intimité de ce couple.

C’est cette partie qui m’avait le plus touchée:  ” Quand j’ai quitté l’appartement de Greta Garbo, les murs blancs étaient maculés de taches de bulles de savon sur lesquelles Annibal [le chien d’Antoine] s’élançait pour les écraser. Je vous avais demandé, vous en souvenez-nous, pourquoi vous lui aviez appris à se jeter ainsi sur les bulles de savon. Vous m’avez dit : « J’attendais votre question, Consuelo. C’st parce que, voyez-vous, les chiens ont très peu de mémoire et quand je partirai, si vous ne pouvez pas le garder, vous le confierez à une de nos amis à la campagne. Je pense à Madame E. qui a promis de le garder si nous en étions encombrés. Alors quand je reviendrai et si vous le lui avez donné, j’irai reprendre mon chien, et s’il ne me reconnaît pas, je ne le battrai pas, je lui ferai des bulles de savon, et il saura que c’est son maître qui est de retour. »

La façon dont Antoine de Saint-Exupéry avait préparé sa future absence, avec poésie, délicatesse et amertume m’a donné envie de le connaître mieux, non pas en tant qu’auteur mais d’abord en tant que personne.

Les correspondances recueillies dans “Autour de courrier Sud et de Vol de nuit” permettent de mieux comprendre par quoi il était traversé, ses questions, ses peurs, ses doutes, sa colère, son sentiment d’injustice…

J’étais étonnée de voir à quel point il a été sensible aux critiques sur ses œuvres. Il demande dans ses courriers à différentes personnes comment son livre a été reçu, il partage dans un courrier sa blessure suite à la critique de Robert Brasillach sur son livre Vol de Nuit. Comme quoi, même l’aviateur Antoine de Saint-Exupéry n’est pas au-dessus des effets du regard des autres.

La partie qui m’a le plus intéressée est la retranscription de son allocution du 6 janvier 1932, adressée à des femmes. Il leur adresse deux histoires d’hommes qui étaient entre la vie et la mort. La bascule s’est faite pour chacun d’un côté différent. Ce qui a fait la différence, c’est que celui qui a choisi la vie a survécu à une marche sans relâche et sans vivres pendant 5 jours et 5 nuits à -35° en s’accrochant à la pensée de sa femme et au “humble bonheur” lié. “Ce bonheur là eut été seul capable de sauver l’homme”. Le second, dans un autre contexte, s’est laissé mourir sans aucun réflexe de survie: “il manquait d’orientation intérieure. Aucune image ne lui vint qui pût l’accrocher et le tirer”.

Ce qui m’a fascinée c’est comment il a pu glorifier cette “oeuvre bien modeste que de veiller sur un humble bonheur“.

“Un peu dédaigné comme un luxe, il se révèle à l’heure redoutable où la mort met bien des choses à leur place, comme la véritable valeur, la raison profonde de vivre […]. Si de douces expériences n’en révèlent pas la puissance, elle n’en existe pas moins”.

2. Quel livre je vais lire après?

 

Premier atelier philo et méditation: Yakouba ou le courage d’être soi

Aujourd’hui, nouveau défi: j’ai animé mon premier atelier philo et méditation. C’était dans une école Freinet, avec des CM2 en demi-classe.  L’atelier a eu lieu dans la bibliothèque.

Les enfants ont tout de suite été très (trop ?) en confiance, s’installant comme ils ont l’habitude de le faire : en enlevant les chaussures et s’étalant sur les coussins. L’atelier, qui a démarré juste après la “récré” a donc commencé sur un débat sur « les pieds qui puent le moisi ». J’avoue que ce n’était pas ce à quoi je m’attendais ! Mais je m’attendais à vivre des surprises. Après la question des pieds est venue la question de la place. Il semblait important que chacun sente sa place protégée et, par contre, il n’était pas gênant de pouvoir envahir celle des autres.

En fait tant par la parole que dans les mouvements, chacun manifestait différemment la façon dont il voulait prendre sa place dans notre atelier. Le groupe était constitué de personnalités assez fortes et le groupe a été agité presque toute la séance. Et pourtant, il s’est produit des petits miracles. Un enfant a pu dire par exemple qu’il avait changé d’avis au cours du débat, une autre qu’elle avait apprécié pouvoir parler « sans se sentir juger ».

J’avais pris un temps préalable pour rappeler les règles de l’atelier : écoute, bienveillance, respect de l’autre. J’avais aussi demandé ce qu’était pour eux la philosophie et plusieurs avaient une réponse très intéressante.

J’ai essayé de faire un exercice d’attention autour de la respiration mais ils ont été encore plus agités :).

L’atelier était sur le thème du courage, avec pour support le livre de Yakouba de Thierry Dedieu.

J’étais étonnée de constater que tous les enfants ont compris le livre immédiatement, malgré le bruit et l’agitation. Ils ont insisté pour la plupart sur le fait que le livre était trop court. Un des enfants a même proposé d’écrire la suite : Yakouba 2. Le livre a donc beaucoup plu aux enfants et était bien adapté à l’atelier (il fait partie des livres “références” pour les ateliers philo).

Yakouba fait partie d’un groupe d’adolescents prêts à partir pour tuer un lion, rite initiatique de la tribu à laquelle il appartient. Cependant Yakouba va déroger à la règle car il choisit de ne pas tuer le lion qui se présente à lui, ce lion étant déjà blessé. Il préfère donc faire passer son propre avis avant celui de la tribu, dont il sera rejeté. Les enfants avaient des avis partagés quand je leur ai demandé si, selon eux, Yakouba était courageux. Pour certains oui, pour d’autres non. Ils ont questionné le sexe et l’âge du personnage, insistant sur le fait que la notion de courage n’était pas la même en fonction de l’âge. Quand nous nous sommes demandés ce qu’était le courage, ils ont pu dire que le courage permettait de dépasser ses peurs mais que, toutefois, avoir des peurs et des émotions, c’était important.

Ils ont pu questionner la posture de la tribu et des parents qui ont exclu Yakouba, certains enfants trouvant ça « nul ». Nous avons donc pu effleurer la question de la norme, de l’acceptation de soi, de la tension entre l’individu et le groupe, la culture…

A la fin de l’atelier, les enfants ont pour la plupart fait un retour positif, une enfant a même dit “j’ai pu parler librement, sans me sentir jugée”…même si c’était « trop bruyant » et qu’« on s’écoutait pas ». J’ai pu dire que pour moi aussi il y avait eu trop de bruit. Je n’ai d’ailleurs pas pu écouter et soutenir toutes les réponses (ce qu’un enfant n’a pas manqué de me reprocher!)…et j’ai eu bon mal de tête en sortant!

La prochaine fois, j’ai envie de demander aux enfants quelles solutions ils pourraient proposer pour que nous puissions mieux nous entendre et que nous soyons moins parasités par le bruit. Je pense proposer que l’on délimite la place de chacun par un coussin sur lequel il resterait toute la séance. Je pense aussi proposer qu’il y ait un enfant qui soit vigilant au silence, un autre qui note les noms des enfants levant la main, un synthétiseur et un maître du temps (méthode Tozzi).

Je sens qu’une nouvelle aventure commence, qu’elle est loin d’être facile mais pas moins passionnante!

Pour trouver le livre Yakouba que j’ai utilisé, c’est par là: Yakouba

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Suite et fin du programme MBSR #8/8

Cette huitième et dernière séance a eu lieu il y a un mois.

Je n’ai pas pu en parler ici car je n’ai malheureusement pas pu y aller.

Pour l’avoir quand même vécue dans un précédent stage, je sais qu’il y a une méditation assise longue, un retour sur nos expériences et un temps d’échange autour de la suite que l’on va donner à cette expérience.

On se demande ensemble : qui veut continuer à méditer ? Qui veut arrêter ? Qui voudrait continuer mais à besoin pour cela d’être aidé ? Etc…

On partage nos trucs et astuces qui peuvent nous aider à maintenir une pratique régulière de la méditation.

Et parfois il y a même des envies de continuer à méditer ensemble qui se manifestent. Dans notre groupe, l’une d’entre nous a proposé son salon pour continuer à nous “asseoir” ensemble.

Je me sens très reconnaissante d’avoir fait la connaissance des femmes de ce groupe et d’avoir partagé cette expérience avec Elles.

Partage des forces et des faiblesses, partage de l’intime de chacune pour qu’il devienne extime commun…et repartir plus riche de ce que l’on a donné.

Crédit Photo: Suhyeon Choi